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Compte-rendu du séminaire « Recherches récentes sur les tours maîtresses quadrangulaires des Xe-XIIe siècles »

Le 17 mai 2013 a eu lieu à la Maison des Sciences et de l’Homme à Tours le séminaire « Recherches récentes sur les tours maîtresses quadrangulaires des Xe–XIIe siècles ». Ce séminaire a été organisé par Marie-Denise Dalayeun, archéologue à l’INRAP, rattachée au LAT (Laboratoire Archéologie et Territoire de l’Université François-Rabelais de Tours). Cinq intervenants y ont exposé leurs dernières recherches sur des châteaux situés dans la région Centre, le Pays de la Loire et en Midi-Pyrénées. Les sites présentés, disséminés dans le vaste ouest français, ont permis d’appréhender dans une large perspective le phénomène de construction des tours maîtresses quadrangulaires.

La tour maîtresse du château de Garnache

La première communication, présentée par l’archéologue Caroline Chaveau, doctorante au CESCM-UMR7302, a porté sur la tour maîtresse du château de Garnache en Vendée. Les résultats proposés font suite aux fouilles qui ont débuté en 2009 et doivent s’achever en 2014. Après une présentation historique du site et de son évolution politique entre le IXe siècle et le XIIIe siècle, C. Chaveau a évoqué l’organisation de la fouille et l’étude du bâti réalisé sur les vestiges de la tour : niveau par niveau, analyses des différents éléments architecturaux présents dans la tour, relevé topographique. L’une des interrogations centrales de l’étude est de savoir si la tour a ou non été une « tour romane ». De ce point de vue, l’analyse de la motte existante, à l’intérieur du périmètre du château, est décisive dans la mesure où elle permet de comprendre l’évolution diachronique du site et le passage du château à motte à un château avec une tour maîtresse. À partir des interventions archéologiques dans la tour, C. Chaveau a pu en déduire qu’il s’agissait d’un château particulier qui reprenait les attributs architecturaux de la tour maîtresse romane sans leur attribuer de fonctionnalité particulière propre à ce type de réalisation. Nous sommes donc bien devant un château tardif, bâti après la période des donjons romans, mais qui a été construit selon le modèle roman pour le doter probablement d’un capital symbolique particulier, fondé sur la tradition et l’ancienneté, avec l’objectif de légitimer le pouvoir du lignage sur la seigneurie.

Le donjon du château de Sainte-Suzanne

La deuxième intervention, présentée par Anne Bocquet, archéologue au Conseil Général de la Mayenne, a porté sur le donjon du château de Sainte-Suzanne. Les fouilles ont été entreprises entre 2001 et 2009, au moment des travaux financés par la municipalité. Diverses parties du château ont ainsi été étudiées. L’analyse de la tour maîtresse, réalisée entre 2001 et 2003 a mis en évidence toute la complexité du bâtiment : les différentes campagnes de constructions du bâtiment, la communication des espaces internes entre eux mais aussi les possibles fonctions de ces espaces perceptibles à partir des aménagements liés au confort, à l’hygiène et à la façon de vivre. A. Bocquet a rappelé également qu’une compréhension plus large du site dépendait de la prochaine exploitation de son potentiel.

La truque de Maurelis

La troisième communication, présentée par Florent Hautefeuille, Maître de conférences en archéologie médiévale à l’Université de Toulouse, a été consacrée à la ‘truque’ (terme occitan utilisé pour désigner un point haut) de Maurelis dans le Lot. L’intervention de F. Hautefeuille vient ajouter un élément important au débat sur l’ancienneté des mottes castrales dans le sud de la France. La fouille archéologique de la motte et de la tour ainsi que l’étude des textes historiques permettent en effet de faire remonter la construction de cet ensemble à une période beaucoup plus ancienne que celle habituellement retenue pour dater les mottes castrales du sud du pays. Selon l’analyse de fragments de charbon, la ‘truque’ et la tour auraient été bâties entre les années 880 et 900. Cet ensemble construit de manière concomitante s’insère dans la réorganisation du pouvoir régional lié à la sphère des comtes de Toulouse et de l’apparition du lignage des Gausbert. Pourtant la fouille archéologique a révélé un mode de construction assez rustique fait de blocs très irréguliers, ce que confirme l’absence de mobilier qui exclut donc toute occupation aristocratique. En revanche, la grande quantité de fragments de cornes d’appel tend à prouver l’existence d’un poste de contrôle et la présence d’une garnison. Le dispositif du site lui-même confirme cette hypothèse d’une base militaire, avec son système à trois fossés de tailles variées dont le premier impressionne par ses dimensions. F. Hautefeuille a cependant fait remarquer que ces résultats importants devaient être maniés avec précaution et qu’en l’absence d’autres études du même type pour la France du Midi, il était difficile d’en tirer des conclusions générales sur le développement des mottes dans le sud du pays entre la fin du IXe siècle et le début du suivant.

La tour maîtresse du château de Montrichard

Le château de Montrichard et sa tour maîtresse ont fait l’objet de la quatrième intervention, présentée par Cécile Leon-Holzem, chercheur indépendant, qui a dirigé les travaux entre la fin 2010 et le début 2011. L’étude de cette tour maîtresse a consisté en un relevé tridimensionnel à partir de l’utilisation d’un tachéomètre au laser ainsi que du relevé pierre à pierre avec l’aide du logiciel Illustrator. Outre la mise en évidence des différents aspects architecturaux de la tour maitresse et les aménagements réalisés dans le bâtiment, cette intervention a permis de mettre en évidence les difficultés qui subsistaient encore pour étudier plus en profondeur le château : le niveau de comblement présent à l’intérieur du château, le mauvais état de conservation des parties supérieures de la tour maîtresse, le besoin d’étendre l’étude à d’autres parties du château, telles que la motte, les caves ainsi que le périmètre interne entre la chemise et la tour maîtresse.

Le donjon de Montbazon

La cinquième et dernière communication de la journée a été consacrée au donjon de Montbazon. Marie-Denise Dalayeun, archéologue à l’INRAP et organisatrice de la journée, a présenté l’état de ses premiers travaux sur le site qui fait toujours l’objet d’une fouille programmée avec le soutien du Ministère de la Culture et de l’INRAP. Les premières interventions se sont concentrées sur l’analyse du bâti de la tour maîtresse et sur la chapelle, à partir d’une fouille stratigraphique. Pour l’analyse de la tour, l’orthophotographie a permis de réaliser le relevé de ses murs et ainsi de discerner à la fois les différents éléments architecturaux qui composent le bâtiment et l’utilisation des différents types de pierres employées dans sa construction. Grâce à cette analyse, il a également été possible de déceler la disposition des espaces internes (créés dans les quatre niveaux de la tour), la communication entre eux, la présence des éléments de conforts et leur localisation dans le bâtiment. Plusieurs questions restent en suspens. M.-D. Dalayeun les a évoquées et a indiqué les chemins possibles pour tenter d’y répondre comme par exemple la mise en œuvre d’une fouille interne de la tour. Des hypothèses, qui pourraient éventuellement expliquer des anomalies dans la fonctionnalité du bâtiment, ont également été présentées par l’archéologue, comme l’absence de cheminées dans les niveaux de la tour qui auraient pu être remplacées par l’utilisation des braseros. Pour ce qui est de la chapelle, les avancements de la fouille en cours ont permis de dégagé deux sépultures, dont celle d’un enfant enterré dans un linceul. À l’intérieur de la chapelle, deux niveaux ont également été identifiés au cours de cette première fouille qui continuera dans les prochains mois.

Conclusion

Outre la présentation des résultats des dernières recherches archéologiques consacrées à certaines tours maîtresses de l’ouest français, ce séminaire a souligné la richesse de ce patrimoine et montré de manière indiscutable qu’en dépit de son importance, il reste encore mal connu des spécialistes et du grand public.

Pour citer cet article

Maer Taveira, "Compte-rendu du séminaire « Recherches récentes sur les tours maîtresses quadrangulaires des Xe-XIIe siècles »", RIHVAGE, mis en ligne le 19 juillet 2013, consulté le 21 septembre 2017. URL : https://rihvage.univ-tours.fr/compte-rendu-du-seminaire-recherches-recentes-sur-les-tours-maitresses-quadrangulaires-des-xe-xiie-siecles/.